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ENQUÊTE

PILLAGE DES FORETS DE MADAGASCAR

Une véritable hémorragie écologique et économique



( Enquête du 6/10/2009 )

LES FORETS : Un gîte pour la faune et la flore, une ressource pour l’Homme


 
Il y a à peine 1 500 ans, alors que la Grande île était encore inhabitée, les scientifiques pensent que les forêts y régnaient en maîtres absolus, ce qui lui a valu, comme on l’avait appris aux plus âgés d’entre nous dans les petites écoles, le surnom d’ «île verte».
 
Mention particulière pour le versant Est du territoire qui a toujours été recouvert par une forêt humide tropicale, alors que les parties centrales et occidentales étaient jonchées respectivement de forêts de type tempérées et tropicales sèches.
 
La particularité d’une telle végétation, faisant également la renommée de Madagascar dans le monde entier, est de receler une biodiversité exceptionnelle, étant entendu que la majorité de sa faune et de sa flore est endémique (cf. Tableau) : qui n’a jamais entendu parler des lémuriens, des caméléons, ou encore des variétés de baobabs et d’orchidées malgaches ?
 
Mais, avec l’arrivée de l’homme, cet équilibre écologique a commencé peu à peu à se détériorer, à tel point que l’île a été dépouillée de ses plus beaux habits. En cause, les feux de brousse, la déforestation massive pour la fabrication de charbon de bois, l’exportation illicite d’espèces protégées. Le pays est aussi actuellement sous la menace du réchauffement climatique.
 
D’après des statistiques établies en fin 2008, il reste environ 9 millions d’hectares de forêts sur toute la superficie de l’île, estimée à 587 000 km_. A noter qu’à Madagascar, 95 % de la population rurale dépend des ressources forestières et environ 30 % de ses moyens de subsistance proviennent des forêts.
 
Et, comme si cela ne suffisait pas, les exploitants illicites de bois de rose y mettent aussi du leur actuellement.
 

 

FORET DE MASOALA : Un patrimoine de l’Humanité sous la coupe des pillards


 
Le Groupement des opérateurs touristiques Maroantsetra–Masoala (Gotmm) fait partie des premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme concernant le cas particulier de cette forêt. En effet, le 26 juin 2007, le parc national Masoala est devenu patrimoine de l'humanité et, pourtant, il est pillé sans aucune vergogne.
 
Selon le Dr Alex Rübel, «Madagascar et Masoala sont sur le point de perdre leur patrimoine unique de richesses naturelles. Il ne restera bientôt que forêts appauvries, érosion et pauvreté. Les seuls à en profiter sont les barons du bois de rose et leurs alliés, qui organisent le pillage actuel des trésors de la forêt humide».
 
D’après un rapport du Cercle de concertation des partenaires techniques et financiers du secteur environnement (CCPTF) en date du 6 août, «on peut supposer que près de 4 000 personnes séjournent actuellement illégalement dans le parc national où elles coupent le précieux bois de rose sans personne pour les en empêcher», a-t-il poursuivi.
 
La presqu’île de Masoala est, notons-le, recouverte de la dernière grande partie de forêt tropicale de Madagascar. Elle est montagneuse et densément boisée à l’intérieur. Selon des études de Conservation International, «Madagascar est l’un des trois endroits sur terre les plus riches en espèces, un véritable point chaud, et Masoala est le point chaud dans le point chaud. C’est dans cette forêt tropicale humide que règne la plus grande biodiversité de l’île».
 
Font notamment partie des espèces menacées de Masoala le vari rouge, l’indri, l’aye-aye, l’effraie de Soumagne et l’aigle serpentaire, mais aussi de nombreux reptiles et amphibiens.
 
A Masoala, «chaque jour, des centaines d’arbres sont abattus, puis transportés illégalement par voie maritime ou terrestre. Les chefs de bandes ne reculent devant rien et menacent la population locale de leurs armes lorsque celle-ci fait mine d’intervenir pour protéger les forêts. Les braconniers chassent et tuent les lémuriens pour leur consommation personnelle ou pour en vendre la viande à des restaurants», a prévenu le directeur du zoo de Zürich.
 
Les pilleurs ont également envahi d’autres zones montagneuses comme Makira, plus au centre. Ces sites sont réputés pour leur richesse en bois de rose, palissandre et ébène, tant prisés au niveau mondial.
 

 

BOIS PRECIEUX : Une mine d’or pour les trafiquants


 
Un conteneur de bois de rose produit des bénéfices de 36 000 euros (Debois, R., Madagascar. Trafic de bois précieux [palissandre et ébène]. La fièvre de l’or rouge saigne la forêt malgache. Univers Maoré, numéro 13, juin 2009).
 
Bien évidemment, c’est une somme énorme pour les trafiquants malgaches qui ne se rendent aucunement compte que, non contents de piller la biodiversité malgache, ils saignent aussi à blanc les caisses de l’Etat.
 
«Madagascar accuse plus de 60 millions de dollars de perte rien qu’au cours des sept derniers mois durant lesquels l’exploitation illicite mais ‘légalisée’ de bois de rose et d’ébène a régné», estime Ndrantomahefa Razakamanarina, président de l’Association des ingénieurs forestiers de Madagascar (AIFM).
 
A son avis, l’exploitation légale, durable et équitable des ressources forestières peut rapporter au gouvernement au moins 250 millions de dollars par an (ndlr : redevances et taxes…) et les mannes ainsi ramassées devraient permettre de sauver des dizaines de milliers d’emplois pour les Malgaches.
 
D’après une récente étude menée par le World wild fund (WWF) dans les communes d’Anoviara (région Sava) et d’Andranopasy (région du Menabe), l’on assiste à une véritable exploitation de la situation de pauvreté de la population. «Dans la Sava, il a été relevé, par exemple, que les bûcherons perçoivent 5 000 ariary (soit 2 euros) par jour pour transporter les «bolabola», les troncs de bois de rose ou d’ébène des profondeurs de la forêt jusqu’aux rives de la Mananarabe. Ce travail d’acheminement se fait dans des conditions inhumaines. Il faut noter, en effet, qu’un tronc peut peser entre 100 kilos et une tonne. A Sambava, on a découvert un tronc de 3 mètres de long sur 1 mètre de diamètre qui pesait 1,5 tonne ! Et pourtant, à Antalaha, Sambava ou à Vohémar, le prix à l’exportation de ces bois précieux n’a rien à voir avec tout ce qui se passe en amont. Nos richesses en bois de rose et en ébène sont exportées à raison de 8,50 euros le kilogramme !», précisent les résultats de l’enquête du WWF.
 
La même étude martèle, en prenant l’exemple du Menabe, que l’exploitation des bois par des migrants s’avère plus destructrice (car plus sélective) que celle effectuée par la population des lieux. Les habitants d’Andranopasy ont en l’occurrence déclaré qu’ils ne connaissaient pas leur valeur économique.
 
«Du côté de l’administration locale, on évite soigneusement l’expression ‘commerce de bois précieux’. Pourtant, 1 000 pieds de palissandre ont été coupés illégalement dans la forêt d’Andranopasy pour la seule année 2006», conclut l’étude.
 

 

Réalisé par Nasolo R.


 

 
Sources :
 
- www.meeft.gov.mg
 
- WWF
 
- Zoo de Zürich
 
- http://razafison.wordpress.com

 
 
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